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L'√?treinte de feu




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Auteur :Daniel-Ange

Bulletin du monastère de Ganagobie - 00/01/01


Voici, renouvel√©e depuis la chute du mur de Berlin, l'√©dition de l'Etreinte de feu parue en 1980, avec ses belles photos de la fameuse ic√īne de l'hospitalit√© d'Abraham.
Le livre est un commentaire br√Ľlant de cette ic√īne, parfois po√®me radieux, parfois chant royal, entrecoup√© de longues pauses de beaux textes de P√®res de l'√?glise ou de la Bible.
En final, quelques réactions d'enfants suscitées par la contemplation de ce chef d'oeuvre. La méditation du poème jointe à la contemplation de l'image, restituée dans son terreau natal, la Russie, nous introduisent dans la grande prière de la Trinité.
Dans ce flamboiement de prière et de réconciliation oecuméniques, on peut regretter certaines notes en bas de page comme la note 4 p. 55.
 

Presence d'en -calcat - 000/03/01


La r√©√©dition d'un beau livre. Daniel-Ange y m√®ne une m√©ditation de l'ic√īne √† la lumi√®re du Buisson ardent, soutenue de nombreux textes de la tradition, tant orientale qu'occidentale, et de belles illustrations.
On est loin du silence de l'apophatisme, c'est m√™me un peu foisonnant. Mais on s'y lance, puis on y revient, on y go√Ľte et on le retient.
 

France Catholique - 24/11/00
Hebdomadaire catholique
L‚??√©treinte de feu
Grand voyageur devant l'Eternel le père Daniel-Ange continue, à 68 ans, à dévorer les kilomètres au rythme de ses incessantes virées apostoliques. Mais pour comprendre l'insatiable fondateur de "Jeunesse Lumière", il faut revenir à la solitude d'un ermite qui a trouvé, dans la contemplation, le ressort de la mission. Cette particularité le pousse à transmettre aux jeunes la grande Tradition de l'Eglise. La parution, chez Le Sarment, d'un livre superbe, L'Etreinte de feu, confirme cette visée théologique. Nous avons saisi cette occasion pour présenter à nouveau cette personnalité hors du commun - et dont une authentique modestie est peut-être pourtant la qualité principale - qui conjugue, à l'instar de Martin et Colomban, le moine et l'évangélisateur...

P√®re Daniel-Ange, vous venez de publier, √† frais nouveaux, L'Etreinte de feu. Pourquoi cette m√©ditation th√©ologique sur l'ic√īne de la Trinit√© de Roublov ?

Ce livre est n√© il y a vingt ans dans mon ermitage. J'ai toujours √©t√© ouvert √† l'orthodoxie. Quand j'√©tais enfant, mes parents avaient pour voisins des membres de la famille imp√©riale russe... Des Romanov. C'est par eux que j'ai d√©couvert le monde slave et les saints russes, comme S√©raphin de Sarov, Jean de Cronstadt, et plus tard des auteurs comme Berdiaev et Evdokimov. Cet ouvrage est aussi le fruit et le reflet de ma vie d'ermite, de ma familiarit√© avec les P√®res et les saints d'Orient et d'Occident comme avec la cr√©ation de Dieu. Par temp√©rament, je m'√©merveille sans cesse devant la splendeur du cosmos, j'ai toujours aim√© la beaut√© liturgique. Aujourd'hui encore, je me sens plus √† l'aise dans une chapelle russe avec son iconostase que dans une cath√©drale gothique. Par certains c√īt√©s, je me sens plus proche de la liturgie byzantine que de la latine. Et cela m'aide √† c√©l√©brer le rite romain, dans son maximum de beaut√©.

L'ic√īne de Roublov est-elle Ň?cum√©nique ?

Mon d√©sir le plus ardent est de h√Ęter la pleine communion entre les catholiques et les orthodoxes. Ce travail m'a d√©j√† valu beaucoup de contacts avec mes fr√®res d'Orient. La pr√©face est r√©dig√©e par le recteur de l'Institut Saint-Serge, Boris Bobrinskoy, de m√™me que Ton nom de Braise l‚??avait √©t√© par Olivier Cl√©ment... En Roumanie, le m√©tropolite Daniel l'utilise pour ses cours de th√©ologie √† Gen√®ve. Au m√™me moment, il est recommand√© √† l'Angelicum √† Rome. Voil√† des petits signes de communion !

L'unité spirituelle retrouvée entre l'Orient et l'Occident est-elle autre chose qu'une utopie ?

Jean-Paul II nous a indiqué comment respirer avec nos deux poumons. Il parle aussi de l'unique grande tradition en deux courants d'inculturation. Il y a une même source qui se divise en deux branches. Il est normal que les eaux se colorent en fonction des terres traversées. Il y a une seule Eglise, car c'est le même Esprit Saint qui nous divinise en nous transfusant la sainteté même de Dieu. Nous communions au même Corps et au même Sang du même Sauveur. Le travail de l'Esprit pour nous remembrer les uns aux autres est bien plus puissant que les accidents de parcours.
L'essentiel : vivre du Christ par ses sacrements et dans l'Esprit pour accéder au Père.

Quelle peut être l'actualité de la Trinité ?

Nous fêtons la Trinité au moment du Jubilé qui actualise l'Incarnation. Celle-ci étant justement le Père donnant son Fils afin de répandre par Lui son Esprit. A partir de l'an 0, par débordement d'amour, la vie de Dieu se communique désormais à travers la chair humaine. Pour donner la Vie, l'Amour se fait corps. Et cela, au-dedans de moi ! C'est la plus subversif des révolutions !
La m√®re qui porte son enfant ne le voit pas. Elle le sent bien pourtant. Il en va de m√™me avec la Trinit√© qui m'habite. Au ciel,je pourrai enfin voir ce Dieu que je portais sans le voir au plus intime. De nos jours, on a une f√Ęcheuse tendance √† r√©duire le christianisme au "j√©suisme". Et J√©sus d√©branch√© du P√®re d√©connect√© de l'Esprit n'est plus mon Dieu. La Trinit√© me donne l'espace √† respirer, o√Ļ exister. Une incessante circulation de vie et d'amour qui me donne d'aimer et de vivre.

Pour revenir à votre itinéraire personnel, n'avez-vous pas, après trente années de vie monastique et vingt d'évangélisation de plein vent, l'envie de prendre un peu de recul ?

Je vais bient√īt f√™ter mes vingt ans de sacerdoce... Je compte d'ailleurs, l'espace d'une ann√©e sabbatique, rompre avec le rythme actuel de mes missions tous azimuts... J'ai sillonn√© une quarantaine de pays, surtout au service des jeunes, rencontr√©s par dizaines de milliers, j'ai v√©cu avec 450 jeunes dans l'√©cole d'√©vang√©lisation "Jeunesse Lumi√®re". Mais la nostalgie de mon premier ermitage m'habite toujours. Quand je passe devant un monast√®re, j'ai envie d'y rester.

Votre première vocation n'est-elle pas monastique ?

Le premier appel, en 1950, fut en effet celui de la vie contemplative. J'avais tout juste dix-sept ans à mon entrée au monastère de Clervaux (Luxembourg), chez les Bénédictins. Un moment, fasciné par saint Bernard, j'avais envisagé la voie cistercienne. Mais ce désir s'était vite révélé impossible pour des raisons de santé. Dans une seconde phase, qui correspond à mon service militaire, l'influence du père de Foucauld s'est fait sentir. Ma vocation monastique se précisait dans le sens d'une vie plus dépouillée à l'échelle, non plus d'une grande abbaye prestigieuse avec tous les biens légitimes que cela suppose, mais d'une modeste fraternité. Vers 1955, j'étais libre de choisir ma route puisque je n'étais pas encore profès chez les Bénédictins.

Vous entamez alors une longue vie cachée. Pourquoi ?

La vie cach√©e, c‚??est celle de J√©sus √† Nazareth, mais aussi celle de son s√©jour au d√©sert. C'est l'exp√©rience fondamentale que je recherchais en entrant dans cette petite fraternit√© monastique, "La Vierge des Pauvres" marqu√©e par la solitude, la pauvret√©, le travail des mains pour gagner notre vie. Ce que les petits fr√®res de J√©sus vivaient "au cŇ?ur des masses", je voulais le vivre au d√©sert... C'est dans le m√™me esprit que je fus envoy√© fonder la fraternit√© au Rwanda. Quand j'y suis arriv√©, en 1958, j'avais le sentiment que j'y resterais toute ma vie.

De retour en France, après quelques péripéties, vous reprenez le chemin du désert...

La vie contemplative est le fil d'or de ma vie. Elle prendra telle ou telle forme selon les circonstances, mais l'appel restera identique. Après mes années de théologie à Fribourg, je rejoins une autre fraternité monastique, "La Demeure Notre Père". Je fus envoyé, en 1976, dans un ermitage de l'arrière-pays de Provence. J'étais seul avec Dieu et ses Anges dans ma bergerie.

Comment un moine ermite provençal peut-il se transformer en globe - trotter évangélisateur ?

Toutes proportions gard√©es, je compare mon exp√©rience √† celle de Mo√Įse au fond du d√©sert. Dans le Buisson ardent (pour nous : l'Eucharistie), Mo√Įse entend Dieu qui lui r√©percute les cris de d√©sespoir de son peuple en Egypte. Comme Jean, la t√™te contre la poitrine de j√©sus, on per√ßait les mille SOS de l'humanit√©. Dans ma solitude, j'√©prouvais de plus en plus une sorte d'√©cart√®lement. D'un c√īt√©, la pl√©nitude divine, en tenant le Corps m√™me de Dieu. De l'autre, la d√©rive d'une g√©n√©ration s'√©loignant √† vitesse grand V de l'Eglise. Je buvais √† la Source et des foules crevaient de soif. Ma vocation apostolique est n√©e du dedans de ma vie monastique. Ce n'est pas un accident de parcours.

Comment s‚??est produite cette √©volution int√©rieure ?

Après avoir communié, j'aimais, la nuit, monter sur les sommets. A l'horizon, je voyais scintiller les lumières de Monaco. Et je ne pouvais m'empêcher de penser à la détresse des jeunes, aux victimes de la drogue, de la prostitution, de toutes les caricatures de l'amour.
A mon retour d'Afrique, j'avais eu un premier √©lectrochoc en constatant la tristesse des jeunes en Occident. C'√©tait dans les ann√©es 70... J'√©tais en m√™me temps le t√©moin d'une nouvelle Pentec√īte pour l'Eglise. Les bourgeons poussaient partout sous la forme de nouvelles communaut√©s de vie. Les fr√®res de Saint-Jean, sŇ?urs de Bethl√©em, de l'Agneau, moines et moniales de J√©rusalem, Pain de vie, Emmanuel, B√©atitudes, Chemin Neuf, etc., c'√©tait la r√©ponse de Dieu √† mai 68. Un monde printanier en plein s√©isme de la s√©cularisation. Pour r√©sister aux virus de mort, Dieu, par toutes ces communaut√©s, suscitait des anticorps puissants.
Ma grande question alors : comment faire passer le courant vital des oasis aux dunes les plus d√©sertes ? Bref, de l'autel au bordel, du tabernacle au disco, du lieu o√Ļ l'Amour se donne aux lieux o√Ļ il se d√©truit...

Combien de temps vous a-il fallu pour "descendre" de la montagne ?

J'ai commenc√© par accepter des invitations de la part du Renouveau. Le but de ces interventions √©tait de toujours connecter leur nouveaut√© sur la Tradition de toujours. On me demandait de transmettre aux nouveaux convertis - ils √©taient l√©gion - quelque chose de la grande th√©ologie de l'Eglise. Je me sentais vraiment √† la charni√®re de l'ancien et du nouveau, avec la joie de greffer sur le tronc toutes ces jeunes pousses. Cela supposait de quitter mon ermitage pour de petites tourn√©es, parfois, avec les B√©atitudes, le Pain de vie, etc. Tant et si bien que j'ai appris √† conna√ģtre tous les fondateurs.

Que vouliez-vous faire de plus ?

Dans ces rassemblements, je voyais une jeunesse sympathique qui avait retrouv√© le chemin de l'Eglise. Mais mon regard √©tait obs√©d√© par les places vides. "O√Ļ sont tous les autres ?" C'√©tait pour moi une interrogation lancinante. Tant d'enfants de Dieu manquent √† l'appel ! "Comment toucher les plus lointains ?" J'ai finalement re√ßu un signe qui ressemblait √† l'appel que Paul re√ßoit du jeune Grec. Il me fallait, moi aussi, passer en Mac√©doine... Le signe prit la forme d'une lettre. C'√©tait un jeune d'un lyc√©e technique qui me disait : "Viens dans mon √©cole ! 3.500 √©l√®ves ! Personne qui √©coute et qui console ! Eglise ! Que fais-tu de tes enfants ?" Cette lettre m'a transperc√© le cŇ?ur. C'√©tait le premier appel direct que je recevais de la part des jeunes "pa√Įens" d'Occident. J'en ai fait part √† mon √©v√™que et √† mon prieur. Ils m'ont affirm√©, tous les deux, qu'il √©tait hors de question de rester sourd √† cet appel du Seigneur.

Comment s'est pass√© ce premier contact avec les jeunes "pa√Įens" ?

C'était en 1981. Je suis parti tout craintif et tremblant vers ce lycée technique. Tout à coup, je me suis retrouvé à défiler dans toutes les classes. J'étais terrorisé. Ces jeunes adolescents, contrairement à ceux que j'avais fréquentés dans les communautés nouvelles, n'étaient pas du tout acquis d'avance. Ils avaient entre 14 et 18 ans. Ils étaient cyniques en me voyant. J'étais parachuté dans un autre monde, sans aucun mode d'emploi. Les adultes m'avaient bien prévenu : "Pas un mot sur Dieu ! Les problèmes sociaux, sexuels, à la rigueur." Un tabou était passé du sexe à Dieu. Les appels des autres écoles se multiplièrent. Comment se taire ? Le désert sans Dieu m'a arraché au désert avec Dieu.

Avez-vous jamais eu le sentiment d'avoir abandonné l'idéal de la vie monastique ?

C'est la continuité qui prévaut dans ma vie. Qui dit moine dit contemplatif. Mais on oublie un peu vite tous les moines missionnaires qui sont partis sur les routes. Tous ceux qui ont pris part à la seconde évangélisation (la 1e étant celle de l'Empire romain) de l'Europe, les Martin, Colomban, Boniface, Patrick, Willi - brord.... L'évangélisation avait pour base arrière les monastères. Même chose en Orient.
Cette alternance d√©sert - foule ; monast√®res - m√©tro, j'ai voulu la vivre et la faire vivre (type Catherine de Sienne), avec l'exp√©rience des "brigades d'√©vang√©lisation", avec d'autres membres d'autres communaut√©s. Tr√®s vite, j'ai senti que l'√©vang√©lisation des jeunes supposait de jeunes ap√ītres. Un vendredi apr√®s-midi, dans un lyc√©e de Meg√®ve, un jeune de 14 ans, Ren√© Luc, a tenu en haleine d'autres jeunes en leur parlant de Dieu. Par les fen√™tres : les pistes de ski ! Mais tous restaient suspendus √† ses l√®vres. Les professeurs √©taient ahuris. Je me suis alors dit qu'il nous fallait des milliers de Ren√© Luc. C'√©tait l'intuition de "Jeunesse Lumi√®re". Elle reste toujours pertinente.

En quoi consistent aujourd'hui vos virées apostoliques ?

Actuellement, je les poursuis au rythme d'une bonne semaine par mois. Durant cette ann√©e, il y a Russie, Pologne, Br√©sil, Maurice, Liban, Ha√Įti, Canada, Roumanie, Italie, Autriche, Bosnie et Kazakstan. Il s'agit de retraites sacerdotales, de congr√®s, mais surtout de rassemblements et retraites de jeunes. J'y vais seul (raisons financi√®res) mais parfois avec deux ou trois "JL". Souvent dans ces diff√©rents pays, je retrouve des anciens de l'√©cole qui parfois organisent ces missions et y participent. Le reste du mois est donn√© √† ma petite fraternit√© "Joie de Dieu" et surtout √† "JL" avec des plages en ermitage (un mois par an seul). A JL, je suis avec les jeunes, petit √©colier de Dieu. Chacun est pour moi une vivante Parole de Dieu, un merveilleux cadeau de son cŇ?ur. Je suis √† leur √©cole, Ils m'apprennent √† prier, √† aimer, √† me donner. Ils me transmettent leur ardeur, leur ferveur, leurs audaces apostoliques, ils partent entre eux en mission d√©j√† dans plus de 80 dioc√®ses de France et 40 de 27 pays diff√©rents. Parfois, je les rejoins pour un rassemblement de fin de mission.

Qui participe à vos rassemblements ?

Je m'adresse en priorité aux 15-30 ans, c'est-à-dire à la génération des JMJ. A travers le monde, je travaille souvent en lien avec le Renouveau charismatique. Ce mouvement draine des foules considérables en Italie (70 000 à Rimini), en Pologne (250 000 à Czestochowa) ou en Amérique latine. Au Brésil, il n'est pas rare qu'un simple rassemblement régional puisse atteindre plus de 100.000 jeunes dans un stade ou un aéroport. Quant à moi, je préfère à une foule qui me donne le trac, un carrefour avec un petit groupe ou surtout le tête-à-tête.

Quels sont vos principaux moyens d'évangélisation ?

A pr√©ciser que j'essaye de r√©pondre aux urgences de l'Evangile pour des temps nouveaux, en trois domaines interconnect√©s. Le premier : cette √©cole d'√©vang√©lisation que j'ai le bonheur de servir depuis 17 ans, ayant form√© d√©j√† 450 jeunes ap√ītres de 40 pays diff√©rents (avec ramifications dans d'autres pays). Le deuxi√®me : l'√©crit. Pr√®s de 40 livres, r√©partis d'un c√īt√© en ouvrages de th√©ologie spirituelle pour creuser la foi, de l'autre, en petits livres visant les jeunes, eux-m√™mes r√©partis en premi√®re approche ou en approfondissement. Les premiers sont textes des P√®res, les seconds de t√©moignages de jeunes. J'aime le Pr√©curseur, l'homme du seuil, proph√®te de la vie en √©closion et martyr de l'amour, car t√©moin de la Trinit√© (voir mon Jean-Baptiste. Un proph√®te pour le troisi√®me mill√©naire, √©ditions des B√©atitudes). Troisi√®me piste : l'enseignement. L'exhortation et le t√©moignage (ins√©parablement) oraux. Si mes livres d'approfondissement spirituel sont n√©s des ann√©es de solitude, ceux pour les jeunes sont n√©s litt√©ralement sur les routes, √©crits qu'ils sont, en train, voiture ou avion, comme fruit du contact direct avec les jeunes dans leur milieu de vie. De plus, mes quatre livres sur les probl√®mes de sexualit√© (traduits en dix langues) me valent chaque semaine un abondant courrier qui m'√©claire et me bouleverse tout √† la fois.

Pourquoi les jeunes sont-ils sensibles à votre prédication ?

Je ne suis pas un pr√©dicateur ! Mais un simple enfant de Dieu qui aime ce qui l'habite : sa vie avec le Seigneur. Je cherche ni plus ni moins √† transmettre la foi de l'Eglise √† cette nouvelle g√©n√©ration √† la mettre en contact avec la "grande Tradition" : les P√®res, les saints, le magist√®re, Ir√©n√©e, ou Jean Chrysostome, Sym√©on le nouveau th√©ologien ou Bernard, tout autant que Paul VI ou Jean -Paul II. J'aime me faire le t√©moin des t√©moins, laissant le micro non seulement aux saints d'hier, ou aux courageux jeunes t√©moins de leur √Ęge. Circulant d'un pays √† l'autre, je puis transmettre le plus beau de ce que je vois vivre ailleurs. Je fais traverser les fronti√®res √† une multitude de beaux t√©moignages, parfois h√©ro√Įques. Cela √©largit les horizons, fait circuler l'amour et la vie entre pays comme entre Eglises - sŇ?urs. Cette g√©n√©ration est d√©branch√©e de essentiel, frustr√©e d'une transmission de la foi. On mesure toute la difficult√© lorsque le milieu familial est trop souvent disloqu√© et que l'enseignement scolaire v√©hicule toutes sortes de caricatures sur l'Eglise, de masques sur Dieu. Victimes d'une coupure profonde, ils sont des √™tres d√©racin√©s, d√©stabilis√©s fragilises, quelque soit leur milieu d‚??origine. M√™me ceux qui vivent dans un foyer uni ont rarement le privil√®ge de recevoir la foi par leurs parents et moins encore par contagion de bonheur. Oui, ces jeunes sont des pauvres de l'essentiel.

Quel est à vos yeux cet essentiel ?

L‚??essentiel, c'est Dieu. Je veux leur donner Dieu, l'offrir √† la libert√© de leur amour. Je parle aux jeunes de ce qu‚??ils n‚??entendent pas ailleurs. Je t√Ęche de leur faire passer quelques v√©rit√©s fondamentales Ces r√©alit√©s vitales desquelles d√©pendent leur bonheur ou leur malheur.
Ils ont le droit strict de savoir d'o√Ļ ils viennent, o√Ļ ils vont et donc qui ils sont-ils ont re√ßu leur existence du cŇ?ur m√™me de Dieu. Que le moment de la conception est leur premi√®re Pentec√īte. Si Dieu ne m'avait pas donn√© son Esprit, je n'existerais tout simplement pas du tout. Je serais pas un √™tre humain, je ne serais pas immortel. Je suis con√ßu dans un Amour surnaturel qui me conf√®re l'immortalit√©. Et l'immortalit√© n'est pas un g√®ne transmissible ! Cette r√©alit√© myst√©rieuse d√©passe l'amour de mes parents dont je suis le fruit. La perception de cette r√©alit√© sid√©rante est source de gu√©rison pour toi ceux qui n'ont pas v√©ritablement re√ßu vie au-dedans d'un amour fort et fid√®le qui n'ont pas √©t√© vraiment d√©sir√©s, attendus, accueillis, et m√™me dans les cas o√Ļ la conception a √©t√© un " hasard", un " accident ", voire une cons√©quence de la violence. Dieu est alors boulevers√© par cet situation qui contredit son plan d'amour la racine. Dieu offre son existence √† Lui, m√™me dans les circonstances les plus douloureuses et les plus n√©gatives. Je prends une comparaison avec le myst√®re de l'eucharistie. M√™me si un pr√™tre b√Ęcle sa messe √† toute allure, sans aucun amour ; s'il c√©l√®bre comme un truc √† faire, sans se confesser, le Seigneur en pleure, mais m√™me alors le pain devient Dieu. Par pure mis√©ricorde.

Les jeunes savent-ils vraiment o√Ļ ils vont ?

Ils sont gav√©s de connaissances, mais leur ignorance des vraies r√©alit√©s est mortelle. L'urgence est de leur fournir des antidotes au d√©sespoir ambiant. On leur inculque trop souvent des virus de mort √† longueur de journ√©es. Il faut leur faire des transfusions de vie, avoir le courage de leur parler de leur avenir : la gloire m√™me de Dieu, du ciel, et de cet √©ventuel stage (purgatoire), apr√®s la phase terrestre, o√Ļ je serai purifi√© dans et par l'Amour pour voir Dieu, tels les yeux de l'enfant apr√®s sa naissance, qui doivent s'acclimater au Soleil. R√©alit√© merveilleuse, que la th√©orie de la r√©incarnation a confisqu√©e et d√©tourn√©e. Il ne suffit pas de savoir d'o√Ļ l'on vient pour √™tre heureux. Il faut encore conna√ģtre o√Ļ l'on va. Rien de pire que de naviguer a vue.
La vie a besoin d'une direction, d'une sorte de carte Michelin spirituelle. Les jeunes réclament ces repères qui leur indiquent, par-delà virages et impasses, le point d'arrivée. En cas de brouillard, la boussole est là pour revenir dans l'axe.
Urgence de r√©cup√©rer ces grandes v√©rit√©s kidnapp√©es par la nouvelle religiosit√© pa√Įenne (Anges, Parousie, Energies divines) telles des p√©pites perdues dans la fange. Urgence de les rapatrier dans leur terreau originel : la Parole de Dieu. De les restituer √† leur patrie : l'Eglise. De les arracher √† la prostitution. Meilleur moyen de couper l'herbe sous les pieds des sectes ou de pr√©munir contre l'invasion spiritualiste de l'occultisme et de l'√©sot√©risme.
La soif religieuse est prodigieuse, mais détournée par le nouveau paganisme. Quand la source n'est plus offerte, il est normal d'aller boire aux marécages. Je veux ouvrir aux jeunes la source même de leur existence. Celui qui leur donne à chaque instant, non seulement d'être, mais d'être bien plus grands, plus beaux, plus profonds qu'ils ne pensent être : capables d'un amour d'éternité, capables d'infini, parce que faits pour la gloire. En un mot : capables de Dieu. Car donnés par Dieu. Pouvant à chaque instant se recevoir de Dieu.

Pourquoi insistez-vous autant sur l'amour ?

En la Trinité, amour et vie sont un seul et même acte. C'est un amour fécond qui donne la vie. Et depuis 2000 ans précisément, par la chair humaine, nous sommes faits à l'image d'un Dieu qui a mis en nous cette connexion indissoluble entre amour, vie et chair. La sexualité rejoint la Trinité. Nous ne sommes pas créés pour autre chose : aimer jusqu'à faire exister. Donner sa vie pour aimer.
Pourquoi une cruelle déception amoureuse atteint-elle notre envie de vivre ? C'est bien que vie et amour, exprimés par le corps, ne font qu'un comme en Dieu. Si l'on débranche cette trilogie telle que donnée par Dieu, survient cette autre connexion : Eros et Thanatos, et c'est le sida par voie sexuelle, et les meurtres sexuels.
Notre g√©n√©ration en fait la terrible exp√©rience. La vie perd toute sa saveur quand l'amour perd sa valeur. La vie perd sa signification quand l'amour perd son orientation. Pour d√©truire la vie, il faut pervertir l'amour. Il y a les attaques frontales contre la vie - l'avortement contient en germe toute violence, guerre, g√©nocide, torture, s√©lection raciale. C'est l'injustice de base, l'exclusion premi√®re, la discrimination fondamentale. Utopique de r√™ver d'un monde de paix et de fraternit√© universelle, tant que nous tol√©rons l'√©cart√®lement du plus vuln√©rable par le plus fort. Hypocrite de vouloir le respect du petit et du plus pauvre quand l'enfant est l'ennemi n¬įl √† √©viter ou √† √©liminer, non encore n√© ; d'√™tre contre la peine capitale, en approuvant le meurtre pr√©natal. D'une certaine mani√®re, nos dirigeants sont des criminels. Ils demandent de respecter le code tout en balisant la route avec des pancartes incitant √† l'effraction : Voil√† ce que devient l'amour √† l'aune des pr√©servatifs. On p√©nalise les actes m√™mes, perversions sexuelles, violences, viols, que l'on a d'abord provoqu√©s, laissant passer toutes les incitations. O√Ļ sont donc les coupables ?
Mais ici encore, la contre-offensive de l'Esprit est magnifique. Toute une nouvelle jeunesse, prise d'horreur et de vertige, découvre la chasteté comme étant à l'amour ce que la stratosphère est au soleil : lui permettant de faire éclore la vie, sans désertifier la planète. Ils veulent que leurs enfants futurs ne souffrent pas de leurs mêmes blessures d'enfance, et pour cela veulent leur assurer un foyer uni, donc priant. Pour le bonheur de leurs enfants à venir, ils veillent sur la qualité de leurs relations amoureuses aujourd'hui. Fabuleuse logique !
J'ai m√™me vu, en tant de pays, des jeunes par dizaines de milliers, allant jusqu'√† faire des promesses publiques de "demeurer" sexuellement purs jusqu'au mariage. Et pas seulement des catholiques, mais d'abord et surtout de courageux jeunes protestants √©vang√©liques, entra√ģnant des baptis√©s, de toutes les Eglises, et m√™me musulmans et juifs, ou simplement des gar√ßons et filles ayant le sens des belles valeurs humaines. Preuve ici encore que Dieu suscite de vigoureux anticorps pour r√©sister contre ces virus de mort qui sapent le sens de la vie.

Pouvez-vous, pour clore, synth√©tiser cet aspect de votre annonce de l‚??√©vangile ?

Je veux arracher l'amour √† la sph√®re de la consommation commerciale, pour le restituer √† sa beaut√© royale. Bref, rapatrier l'amour dans l'Amour (Trinitaire). Pour moi, c'est une des dimensions de ce fantastique cadeau re√ßu de J√©sus, de partager sa propre mani√®re de m'aimer, puisque le premier, il a renonc√© √† fonder un foyer pour cr√©er sa famille l'Eglise. De ce don gratuit du c√©libat par pr√©f√©rence d'amour pour lui, il fait un charisme : il le met au service de l'amour humain √† sauver, de la vie √† prot√©ger, des familles de demain √† pr√©parer. Je renonce pour toujours √† l'exercice physique de ma sexualit√© pour √™tre le petit serviteur des jeunes, en les aidant √† vivre cette sexualit√©, chef-d'Ň?uvre et sommet de la cr√©ation. Je renonce √† une famille selon la chair, pour promouvoir celles de demain, qui seront sources de gu√©rison de tant de jeunes √† la sexualit√© perturb√©e, √† l'affectivit√© bless√©e. Le pays de l'amour est en danger de mort : des jeunes par milliers, sur appel de J√©sus, entrent en r√©sistance. Oui, r√©sister, c'est faire exister. Le Seigneur nous pr√©pare √† donner notre vie, pour sauver la vie. A verser notre sang, pour que le don de l'amour ne soit plus gaspill√©. Les premiers martyrs canonis√©s du mill√©naire sont des religieuses polonaises, offrant leur vie pour sauver des parents, comme le p√®re Kolbe. Un oncle missionnaire a √©t√© transperc√© d'un coup de lance en plein cŇ?ur pour s'√™tre interpos√© entre une jeune fille et son violeur. Il a fait simplement son beau m√©tier de pr√™tre. Mes parents ont √©t√© mari√©s par un futur martyr, Mgr Vladimir Ghika, martyr de la libert√©. Mon p√®re spirituel au Rwanda, Mgr Gasor√®, est martyr de la Trinit√© pour avoir refus√© la discrimination raciale. J'ai eu la gr√Ęce de conna√ģtre le p√®re Alexandre Men, martyr de l'unit√©. De ces saints je voudrais √™tre digne.
Propos recueillis par Samuel PRUVOT
Daniel-Ange, L‚??√©treinte de feu, l‚??ic√īne de la trinit√© de Roublov, Le sarment, album cartonn√© sous jaquette, 230 F
 

France Catholique - 24/11/2000
Hebdomadaire catholique
Du désert de Dieu aux routes pour Dieu
Grand voyageur devant l‚??Eternel, le p√®re Daniel-Ange continue, √† 68 ans, √† d√©vorer les kilom√®tres au rythme de ses incessantes vir√©es apostoliques. Mais pour comprendre l‚??insatiable fondateur de Jeunesse Lumi√®re, il faut revenir √† la solitude d‚??in ermite qui a trouv√©, dans la contemplation, le ressort de la mission. Cette particularit√© le pousse √† transmettre aux jeunes la grande Tradition de l‚??Eglise. La parution, cher le Sarment, d‚??un livre superbe, l‚??Etreinte de feu, confirme cette vis√©e th√©ologique. Cette m√©ditation sur l‚??ic√īne de la Trinit√© de Roublov, assortie de textes patristiques et de belles illustrations, se veut un plaidoyer vibrant en faveur de l‚??unit√© retrouv√©e entre catholiques et orthodoxes...
Nous avons saisi cette occasion pour pr√©senter √† nouveau cette personnalit√© hors du commun- et dont une authentique modestie est peut-√™tre pourtant la qualit√© principale - qui conjugue, √† l‚??instar de Martin et Colomban, le moine et l‚??√©vang√©lisateur...

P√®re Daniel - Ange, vous venez de publier, √† frais nouveaux, l‚??Etreinte de feu. Pourquoi cette m√©ditation th√©ologique sur l‚??ic√īne de la Trinit√© de Roublov ?

Ce livre est n√© il y a vingt ans dans mon ermitage. J‚??ai toujours √©t√© ouvert √† l‚??orthodoxie. Quand j‚??√©tais enfant, mes parents avaient pour voisins des membres de la famille imp√©riale russe... Des Romanov. C‚??est par eux que j‚??ai d√©couvert le monde slave et les saints russes, comme S√©raphin de Sarov, jean de Cronstadt, et plus tard et Ewdokimov. Cet ouvrage est aussi le fruit et le reflet de ma vie d‚??ermite, de ma familiarit√© avec les P√®res et les saints d‚??Orient et d‚??Occident comme avec la cr√©ation de Dieu. Par temp√©rament, je m'√©merveille sans cesse devant la splendeur du cosmos, j'ai, toujours aim√© la beaut√© liturgique. Aujourd'hui encore, je me sens plus √† l'aise dans une chapelle russe avec son iconostase que dans une cath√©drale gothique. Par certains c√īt√©s, je me sens plus proche de la liturgie byzantine que de la latine. Et cela m'aide √† c√©l√©brer le rite romain, dans son maximum de beaut√©.

L'ic√īne de Roublov est-elle Ň?cum√©nique ?

Mon d√©sir le plus ardent est de h√Ęter la pleine communion entre les catholiques et les orthodoxes. Ce travail m'a d√©j√† valu beaucoup de contacts avec. mes fr√®res d'Orient. La pr√©face est r√©dig√©e par le recteur de l'Institut Saint Serge, Boris Bobrinskoy,' de m√™me que Ton nom de Braise l'avait √©t√© par Olivier Cl√©ment... En Roumanie, le m√©tropolite Daniel l'utilise pour ses cours de th√©ologie √† Gen√®ve. Au m√™me moment, il est recommand√© √† l‚??Angelicum √† Rome. Voil√† des petits signes de communion !

L'unité spirituelle retrouvée entre l'Orient et l'Occident est-elle autre chose qu'une utopie ?

Jean-Paul II nous a indiqu√© comment respirer avec nos deux poumons. Il parle aussi de l'unique grande tradition en deux courants d'inculturation. Il y a une m√™me source qui se divise en deux branches. Il est normal que les eaux se colorent en fonction des terres travers√©es. Il y a une seule Eglise, car c'est le m√™me Esprit Saint qui nous divise en nous transfusant la saintet√© m√™me de Dieu. Nous communions au m√™me Corps et au m√™me Sang du m√™me Sauveur. Le travail de l'Esprit pour nous remembrer les uns aux autres est bien plus puissant que les accidents de parcours. L‚??essentiel : vivre du christ par ses sacrements et dans l‚??esprit pour acc√©der au P√®re.

Quel peut √™tre l‚??actualit√© de la Trinit√© ?

Nous fêtons la Trinité au moment du jubilé qui actualise l'Incarnation. Celle-ci étant justement le Père donnant son Fils afin de répandre par Lui son Esprit. A partir de l'an 0, par débordement d'amour, la vie de Dieu se communique désormais à travers la chair humaine. Pour donner la Vie, l'Amour se fait corps. Et cela, au-dedans de moi ! C'est la plus subversive des révolutions !
La m√®re qui porte son enfant ne le voit pas. Elle le sent bien pourtant. Il en va de m√™me avec la Trinit√© qui m'habite. Au ciel, je pourrai enfin voir ce Dieu que je portais sans le voir au plus intime. De nos jours, on a une f√Ęcheuse tendance √† r√©duire le christianisme au "j√©suisme". Et J√©sus d√©branch√© du P√®re d√©connect√© de l'Esprit n'est plus mon Dieu. La Trinit√© me donne l'espace √† respirer, o√Ļ exister. Une incessante circulation de vie et d'amour qui me donne d'aimer et de vivre.

Pour revenir à votre itinéraire personnel, n'avez-vous pas, après trente années de vie monastique et vingt d'évangélisation de plein vent, l'envie de prendre un peu de recul ?

Je vais bient√īt f√™ter mes vingt ans de sacerdoce... Je compte d'ailleurs, l'espace d'une ann√©e sabbatique, rompre avec le rythme actuel de mes missions tous azimuts... J'ai sillonn√© une quarantaine de pays, surtout au service des jeunes, rencontr√©s par dizaines de milliers, j'ai v√©cu avec 450 jeunes dans l'√©cole d'√©vang√©lisation Jeunesse Lumi√®re. Mais la nostalgie de mon premier ermitage m'habite toujours. Quand je passe devant un monast√®re, j'ai envie d'y rester.

Votre première vocation n'est-elle pas monastique ?

Le premier appel, en 1950, fut en effet celui de la vie contemplative. J'avais tout juste dix-sept ans à mon entrée au monastère de Clervaux (Luxembourg), chez les Bénédictins. Un moment, fasciné par saint Bernard, j'avais envisagé la voie cistercienne. Mais ce désir s'était vite révélé impossible pour des raisons de santé.
Dans une seconde phase, qui correspond à mon service militaire, l'influence du père de Foucauld s'est fait sentir. Ma vocation monastique se précisait dans le sens d'une vie plus dépouillée à l'échelle, non plus d'une grande abbaye prestigieuse avec tous les biens légitimes que cela suppose, mais d'une modeste fraternité. Vers 1955, j'étais libre de choisir ma route puisque je n'étais pas encore profès chez les Bénédictins.

Vous entamez alors une longue vie cachée. Pourquoi ?

La vie cach√©e, c‚??est celle de J√©sus √† Nazareth, mais aussi celle de son s√©jour au d√©sert. C'est l'exp√©rience fondamentale que je recherchais en entrant dans cette petite fraternit√© monastique, "La Vierge des Pauvres" marqu√©e par la solitude, la pauvret√©, le travail des mains pour gagner notre vie. Ce que les petits fr√®res de J√©sus vivaient "au cŇ?ur des masses", je voulais le vivre au d√©sert...
C'est dans le même esprit que je fus envoyé fonder la fraternité au Rwanda. Quand j'y suis arrivé, en 1958, j'avais le sentiment que j'y resterais toute ma vie.

De retour en France, après quelques péripéties, vous reprenez le chemin du désert...

La vie contemplative est le fil d'or de ma vie. Elle prendra telle ou telle forme selon les circonstances, mais l'appel restera identique. Après mes années de théologie à Fribourg, je rejoins une autre fraternité monastique, "La Demeure Notre Père". Je fus envoyé, en 1976, dans un ermitage de l'arrière-pays de Provence. J'étais seul avec Dieu et ses Anges dans ma bergerie.

Comment un moine ermite provençal peut-il se transformer en globe-trotter évangélisateur ?

Toutes proportions gard√©es, je compare mon exp√©rience √† celle de Mo√Įse au fond du d√©sert. Dans le Buisson ardent (pour nous : l'Eucharistie), Mo√Įse entend Dieu qui lui r√©percute les cris de d√©sespoir de son peuple en Egypte. Comme Jean, la t√™te contre la poitrine de J√©sus, on per√ßait les mille SOS de l‚??humanit√©.
Dans ma solitude, j'√©prouvais de plus en plus une sorte d'√©cart√®lement. D'un c√īt√©, la pl√©nitude divine, en tenant le Corps m√™me de Dieu. De l'autre, la d√©rive d'une g√©n√©ration s'√©loignant √† vitesse grand V de l'Eglise. Je buvais √† la Source et des foules crevaient de soif. Ma vocation apostolique est n√©e du dedans de ma vie monastique. Ce n'est pas un accident de parcours.

Comment s'est produite cette évolution intérieure ?

Apr√®s avoir communi√©, j‚??aimais, la nuit, monter sur les sommets. A l‚??horizon, je voyais scintiller les lumi√®res de Monaco. Et je ne pouvais m‚??emp√™cher de penser √† la d√©tresse des jeunes, aux victimes de la drogue, de la prostitution, de toutes les caricatures de l‚??amour.
A mon retour d‚??Afrique j‚??avais eu un premier √©lectrochoc en constatant la tristesse des jeunes en Occident. C'√©tait dans les ann√©es 70... J'√©tais en m√™me temps le t√©moin d'une nouvelle Pentec√īte pour l'Eglise. Les bourgeons poussaient partout sous la forme de nouvelles communaut√©s de vie. Les fr√®res de Saint-Jean, sŇ?urs de Bethl√©em, de l'Agneau, moines et moniales de J√©rusalem, Pain de vie, Emmanuel, B√©atitudes, Chemin Neuf, etc., c'√©tait la r√©ponse de Dieu √† mai 68. Un monde printanier en plein s√©isme de la s√©cularisation. Pour r√©sister aux virus de mort, Dieu, par toutes ces communaut√©s suscitait des anticorps puissants.
Ma grande question alors : comment faire passer le courant vital des oasis au dunes les plus d√©sertes ? Bref, de l‚??autel au bordel, du tabernacle au disco, du lieu o√Ļ l'Amour se donne aux lieux o√Ļ il se d√©truit...

Combien de temps vous a-il fallu pour "descendre" de la montagne ?

J'ai commenc√© par accepter des invitations de la part du Renouveau. Le but de ces interventions √©tait de toujours connecter leur nouveaut√© sur la Tradition de toujours. On me demandait de transmettre aux nouveaux convertis- ils √©taient l√©gion - quelque chose de la grande th√©ologie de l'Eglise. Je me sentais vraiment √† la charni√®re de l'ancien et du nouveau, avec la joie de greffer sur le tronc toutes ces jeunes pousses. Cela supposait de quitter mon ermitage pour de petites tourn√©es, parfois, avec les B√©atitudes, le Pain de vie, etc. Tant et si bien que j'ai appris √† conna√ģtre tous les fondateurs.

Que vouliez-vous faire de plus ?

Dans ces rassemblements, je voyais une jeunesse sympathique qui avait retrouvé le chemin de l'Eglise. Mais mon regard était obsédé par les places vides.
"O√Ļ sont tous les autres ?" C'√©tait pour moi une interrogation lancinante. Tant d'enfants de Dieu manquent √† l'appel ! "Comment toucher les plus lointains ?" J'ai finalement re√ßu un signe qui ressemblait √† l'appel que Paul re√ßoit du jeune Grec. Il me fallait, moi aussi, passer en Mac√©doine... Le signe prit la forme d'une lettre. C'√©tait un jeune d'un lyc√©e technique qui me disait : "Viens dans mon √©cole ! 3.500 √©l√®ves ! Personne qui √©coute et qui console ! Eglise ! Que fais-tu de tes enfants ?" Cette lettre m'a transperc√© le cŇ?ur. C'√©tait le premier appel direct que je recevais de la part des jeunes "pa√Įens" d'Occident. J'en ai fait part √† mon √©v√™que et √† mon prieur. Ils m'ont affirm√©, tous les deux, qu'il √©tait hors de question de rester sourd √† cet appel du Seigneur.

Comment s'est pass√© ce premier contact avec les jeunes "pa√Įens" ?

C'était en 1981. Je suis parti tout craintif et tremblant vers ce lycée technique. Tout à coup, je me suis retrouvé à défiler dans toutes les classes. J'étais terrorisé. Ces jeunes adolescents', contrairement à ceux que j'avais fréquentés dans les communautés nouvelles, n'étaient pas du tout acquis d'avance. Ils avaient entre 14 et 18 ans. Ils étaient cyniques en me voyant. J'étais parachuté dans un autre monde, sans aucun mode d'emploi. Les adultes m'avaient bien prévenu : "Pas un mot sur Dieu ! Les problèmes sociaux, sexuels, à la rigueur." Un tabou était passé du sexe à Dieu. Les appels des autres écoles se multiplièrent. Comment se taire ? Le désert sans Dieu m'a arraché au désert avec Dieu.

Avez-vous jamais eu le sentiment d'avoir abandonné l'idéal de la vie monastique ?

C'est la continuit√© qui pr√©vaut dans ma vie. Qui dit moine dit contemplatif. Mais on oublie un peu vite tous les moines missionnaires qui sont partis sur les routes. Tous ceux qui ont pris part √† la seconde √©vang√©lisation (la 1e √©tant celle de l'Empire romain) de l'Europe, les Martin, Colomban, Boniface, Patrick, Willibrord.... L'√©vang√©lisation avait pour base arri√®re les monast√®res. M√™me chose en Orient. Cette alternance d√©sert-foule ; monast√®res-m√©tro, j'ai voulu la vivre et la faire vivre (type Catherine de Sienne), avec m l'exp√©rience des "brigades d'√©vang√©lisation", avec d'autres membres d'autres communaut√©s. Tr√®s vite, j'ai senti que l'√©vang√©lisation des jeunes supposait de jeunes ap√ītres. Un vendredi apr√®s-midi, dans un lyc√©e de Meg√®ve, un jeune de 14 g ans, Ren√© Luc, a tenu en baleine d'autres jeunes en leur parlant de Dieu. Par les fen√™tres : les pistes de ski ! Mais tous restaient suspendus √† ses l√®vres. Les professeurs √©taient ahuris. Je me suis alors dit qu'il nous fallait des milliers de Ren√© Luc. C'√©tait l'intuition de Jeunesse Lumi√®re. Elle reste toujours pertinente.

En quoi consistent aujourd'hui vos virées apostoliques ?

Actuellement, je les poursuis au rythme d'une bonne semaine par mois. Durant cette ann√©e, il y a Russie, Pologne, Br√©sil, Maurice, Liban, Ha√Įti, Canada, Roumanie, Italie, Autriche, Bosnie et Kazakhstan. Il s'agit de retraites sacerdotales, de congr√®s, mais surtout de rassemblements et retraites de jeunes. J'y vais seul (raisons financi√®res) mais parfois avec deux ou trois "JL". Souvent dans ces diff√©rents pays, je retrouve des anciens de l'√©cole qui parfois organisent ces missions et y participent. Le reste du mois est donn√© √† ma petite fraternit√© "Joie de Dieu" et surtout √† "JL" avec des plages en ermitage (un mois par an seul). A JL, je suis avec les jeunes, petit √©colier de Dieu. Chacun est pour moi une vivante Parole de Dieu, un merveilleux cadeau de son cŇ?ur. je suis √† leur √©cole, Ils m'apprennent √† prier, √† aimer, √† me donner. Ils me transmettent leur ardeur, leur ferveur, leurs audaces apostoliques, ils partent entre eux en mission d√©j√† dans plus de 80 dioc√®ses de France et 40 de 27 pays diff√©rents.
Parfois, je les rejoins pour un rassemblement de fin de mission.

Qui participe à vos rassemblements ?

Je m'adresse en priorité aux 15-30 ans, c'est-à-dire à la génération des JMJ. A travers le monde, je travaille souvent en lien avec le Renouveau charismatique. Ce mouvement draine des foules considérables en Italie (70 000 à Rimini), en Pologne (250 000 à Czestochowa) ou en Amérique latine. Au Brésil, il n'est pas rare qu'un simple rassemblement régional puisse atteindre plus de 100.000 jeunes dans un stade ou un aéroport. Quant à moi, je préfère à une foule qui me donne le trac, un carrefour avec un petit groupe ou surtout le tête-à-tête.

Quels sont vos principaux moyens d'évangélisation ?

A pr√©ciser que j'essaye de r√©pondre aux urgences de l'Evangile pour des temps nouveaux, en trois domaines interconnect√©s. Le premier : cette √©cole d'√©vang√©lisation que j'ai le bonheur de servir depuis 17 ans, ayant form√© d√©j√† 450 jeunes ap√ītres de 40 pays diff√©rents (avec ramifications dans d'autres pays). Le deuxi√®me : l'√©crit. Pr√®s de 40 livres, r√©partis d'un c√īt√© en ouvrages de th√©ologie spirituelle pour creuser la foi, de l'autre, en petits livres visant les jeunes, eux-m√™mes r√©partis en premi√®re approche ou en approfondissement. Les premiers sont √©maill√©s de textes des P√®res, les seconds de t√©moignages de jeunes. J'aime le Pr√©curseur, l'homme du seuil, proph√®te de la vie en √©closion et martyr de l'amour, car t√©moin de la Trinit√© (voir mon Jean-Baptiste.Un proph√®te pour le troisi√®me mill√©naire, √©ditions des B√©atitudes.
Troisième piste : l'enseignement. L'exhortation et le témoignage (inséparablement) oraux. Si mes livres d'approfondissement spirituel sont nés des années de solitude, ceux pour les jeunes sont nés littéralement sur les routes, écrits qu'ils sont, en train, voiture ou avion, comme fruit du contact direct avec les jeunes dans leur milieu de vie. De plus, mes quatre livres sur les problèmes de sexualité (traduits en dix langues) me valent chaque semaine un abondant courrier qui m'éclaire et me bouleverse tout à la fois.

Pourquoi les jeunes sont-ils sensibles à votre prédication ?

Je ne suis pas un pr√©dicateur ! Mais un simple enfant de Dieu qui aime ce qui l'habite : sa vie avec le Seigneur. Je cherche ni plus ni moins √† transmettre la foi de l'Eglise √† cette nouvelle g√©n√©ration, √† la mettre en contact avec la "grande Tradition" : les P√®res, les saints, le magist√®re, Ir√©n√©e, ou Jean Chrysostome, Sym√©on le nouveau th√©ologien ou Bernard, tout (Les jeunes r√©clament ces rep√®res qui leur indiquent le point d'arriv√©e autant que Paul VI ou Jean -Paul II. J'aime me faire le t√©moin des t√©moins, laissant le micro non seulement aux saints d'hier, ou aux courageux jeunes t√©moins de leur √Ęge. Circulant d'un pays √† l'autre, je puis trans-mettre le plus beau de ce que je vois vivre ailleurs. Je fais traverser les fronti√®res √† une multitude de beaux t√©moignages, par-fois h√©ro√Įques. Cela √©largit les horizons, fait circuler l'amour et la vie entre pays comme entre Eglises-sŇ?urs.
Cette génération est débranchée de l'essentiel, frustrée d'une transmission de la foi. On mesure toute la difficulté lorsque le milieu familial est trop souvent disloqué et que l'enseignement scolaire véhicule toutes sortes de caricatures sur l'Eglise, de masques sur Dieu.
Victimes d'une coupure profonde, ils sont des êtres déracinés, déstabilisés, fragilisés, quel que soit leur milieu d'origine. Même ceux qui vivent dans un foyer uni ont rarement le privilège de recevoir la foi par leurs parents, et moins encore par contagion de bonheur. Oui, ces jeunes sont des pauvres de l'essentiel.

Quel est à vos yeux cet essentiel ?

L'essentiel, c'est Dieu. Je veux leur donner Dieu, l'offrir √† la libert√© de leur amour. Je parle aux jeunes de ce qu'ils n'entendent pas ailleurs. Je t√Ęche de leur faire passer quelques v√©rit√©s fondamentales. Ces r√©alit√©s vitales desquelles d√©pendent leur bonheur ou leur malheur? Ils ont le droit strict de savoir d'o√Ļ ils viennent, o√Ļ ils vont et donc qui ils sont : ils ont re√ßu leur existence du cŇ?ur m√™me de Dieu. Que le moment de la conception est leur premi√®re Pentec√īte.
Si Dieu ne m‚??avait pas donn√© son esprit je n‚??existerais tout simplement pas du tout. Je serais pas un √™tre humain, je ne serais immortel. Je suis con√ßu dans un Amour surnaturel qui me conf√®re l'immortalit√©, l'immortalit√© n'est pas un g√®ne transmissible ! Cette r√©alit√© myst√©rieuse sid√©rante est source de gu√©rison pour tous ceux qui n‚??ont pas v√©ritablement re√ßu la vie au-dedans d‚??un amour fort et fid√®le, qui n‚??ont pas √©t√© d√©sir√©s, attendus, accueillis, et m√™me dans les cas o√Ļ la conception a √©t√© un ¬ę hasard ¬Ľ, un accident voire une cons√©quence de la violence. L‚??amour de mes parents dont je suis le fruit. La perception de cette r√©alit√© sid√©rante est source de gu√©rison pour tous ceux qui n'ont pas v√©ritablement re√ßu vie au-dedans d'un amour fort et fid√®le qui n'ont pas √©t√© vraiment d√©sir√©s, attendus, accueillis, et m√™me dans les cas o√Ļ conception a √©t√© un " hasard" un " accident ", voire une cons√©quence de la violence. Dieu est alors boulevers√© par ce) situation qui contredit son plan d'amour la racine. Dieu offre son existence √† Lui m√™me dans les circonstances les plus douloureuses et les plus n√©gatives. Je prends une comparaison avec : myst√®re de l'eucharistie. M√™me si un pr√™tre b√Ęcle sa messe √† toute allure, sans aucun amour ; s'il c√©l√®bre comme un truc √† faire, sans se confesser, le Seigneur pleure, mais m√™me alors le pain devient Dieu. Par pure mis√©ricorde.

Les jeunes savent-ils vraiment o√Ļ ils vont ?

Ils sont gav√©s de connaissances, mais leur ignorance des vraies r√©alit√©s est mortelle. L'urgence est de leur fournir des antidotes au d√©sespoir ambiant. On leur inocule trop souvent des virus de mort √† longueur de journ√©es. Il faut leur faire de; transfusions de vie, avoir le courage de leur parler de leur avenir : la gloire m√™me de Dieu, du ciel, et de cet √©ventuel stage (purgatoire), apr√®s la phase terrestre, o√Ļ je serai purifi√© dans et par l'Amour pour voir Dieu, tels les yeux de l'enfant apr√®s sa naissance, qui doivent s'acclimater au Soleil. R√©alit√© merveilleuse, que la th√©orie de la r√©incarnation a confisqu√©e et d√©tour- n√©e. Il ne suffit pas de savoir d'o√Ļ l'on vient pour √™tre heureux. Il faut encore conna√ģtre o√Ļ l'on va. Rien de pire que de naviguer √† vue. La vie a besoin d'une direction, d'une sorte de carte Michelin spirituelle. Les jeunes r√©clament ces rep√®res qui leur indiquent, par-del√† virages et impasses, le point d'arriv√©e. En cas de brouillard, la boussole est l√† pour revenir dans l'axe. Urgence de r√©cup√©rer ces grandes v√©rit√©s kidnapp√©es par la nouvelle religiosit√© pa√Įenne (Anges, Parousie, Energies divines) telles des p√©pites perdues dans la fange. Urgence de les rapatrier dans leur terreau originel : la Parole de Dieu. De les restituer √† leur patrie : l'Eglise. De les arra- cher √† la prostitution. Meilleur moyen de couper l'herbe sous les pieds des sectes ou de pr√©munir contre l'invasion spiritualiste de l'occultisme et de l'√©sot√©risme.
La soif religieuse est prodigieuse, mais détournée par le nouveau paganisme. Quand la source n'est plus offerte, il est normal d'aller boire aux marécages. Je veux ouvrir aux jeunes la source même de leur existence. Celui qui leur donne à chaque instant, non seulement d'être, mais d'être bien plus grands, plus beaux, plus profonds qu'ils ne pensent être : capables d'un amour d'éternité, capables d'infini, parce que faits pour la gloire. En un mot : capables de Dieu. Car donnés par Dieu. Pouvant à chaque instant se recevoir de Dieu.

Pourquoi insistez-vous autant sur l'amour ?

En la Trinité, amour et vie sont un seul et même acte. C'est un amour fécond qui donne la vie. Et depuis 2000 ans précisément, par la chair humaine, nous sommes faits à l'image d'un Dieu qui a mis en nous cette connexion indissoluble entre amour, vie et chair. La sexualité rejoint la Trinité. Nous ne sommes pas créés pour autre chose : aimer jusqu'à faire exister. Donner sa vie pour aimer.
Pourquoi une cruelle déception amoureuse atteint-elle notre envie de vivre ? C'est bien que vie et amour, exprimés par le corps, ne font qu'un comme en Dieu. Si l'on débranche cette trilogie telle que donnée par Dieu, survient cette autre connexion : Eros et Thanatos, et c'est le sida par voie sexuelle, et les meurtres sexuels.
Notre g√©n√©ration en fait la terrible exp√©rience. La vie perd toute sa saveur quand l'amour perd sa valeur. La vie perd sa signification quand l'amour perd son orientation. Pour d√©truire la vie, il faut pervertir l'amour. Il y a les attaques frontales contre la vie - l'avortement contient en germe toute violence, guerre, g√©nocide, torture, s√©lection raciale. C'est l'injustice de base, l'exclusion premi√®re, la discrimination fondamentale. Utopique de r√™ver d'un monde de paix et de fraternit√© universelle, tant que nous tol√©rons l'√©cart√®lement du plus vuln√©rable par le plus fort. Hypocrite de vouloir le respect du petit et du plus pauvre quand l'enfant est l'ennemi n¬įl √† √©viter ou √† √©liminer, non encore n√© ; d'√™tre contre la peine capitale, en approuvant le meurtre pr√©natal. D'une certaine mani√®re, nos dirigeants sont des criminels. Ils demandent de respecter le code tout en balisant la route avec des pancartes incitant √† l'effraction : Voil√† ce que devient l'amour √† l'aune des pr√©servatifs. On p√©nalise les actes m√™mes, perversions sexuelles, violences, viols, que l'on a d'abord provoqu√©s, laissant passer toutes les incitations. O√Ļ sont donc les coupables ?
Mais ici encore, la contre-offensive de l'Esprit est magnifique. Toute une nouvelle jeunesse, prise d'horreur et de vertige, découvre la chasteté comme étant à l'amour ce que la stratosphère est au soleil : lui permettant de faire éclore la vie, sans désertifier la planète. Ils veulent que leurs enfants futurs ne souffrent pas de leurs mêmes blessures d'enfance, et pour IFavortement contient en germe toute violence, guerre, génocide, torture, sélection raciale cela veulent leur assurer un foyer uni, donc priant. Pour le bonheur de leurs enfants à venir, ils veillent sur la qualité de leurs relations amoureuses aujourd'hui. Fabuleuse logique !
J'ai m√™me vu, en tant de pays, des jeunes par dizaines de milliers, allant jusqu'√† faire des promesses publiques de "demeurer" sexuellement purs jusqu'au mariage. Et pas seulement des catholiques, mais d'abord et surtout de courageux jeunes protestants √©vang√©liques, entra√ģnant des baptis√©s, de toutes les Eglises, et m√™me musulmans et juifs, ou simplement des gar√ßons et filles ayant le sens des belles valeurs humaines. Preuve ici encore que Dieu suscite de vigoureux anticorps pour r√©sister contre ces virus de mort qui sapent le sens de la vie. B Pouvez-vous, pour clore, synth√©tiser cet aspect de votre annonce de l'√©vangile ? restituer √† sa beaut√© royale. Bref, rapatrier l'amour dans l'Amour (Trinitaire). Pour moi, c'est une des dimensions de ce fantastique cadeau re√ßu de J√©sus, de partager sa propre mani√®re de m'aimer, puisque le premier, il a renonc√© √† fonder un foyer pour cr√©er sa famille Serge.
De ce don gratuit du c√©libat par pr√©f√©rence d'amour pour lui, il fait un charisme : il le met au service de l'amour humain √† sauver, de la vie √† prot√©ger, des familles de demain √† pr√©parer. Je renonce pour toujours √† l'exercice physique de ma sexualit√© pour √™tre le petit serviteur des jeunes, en les aidant √† vivre cette sexualit√©, chef-d'Ň?uvre et sommet de la cr√©ation. Je renonce √† une famille selon la chair, pour promouvoir celles de demain, qui seront sources de gu√©rison de tant de jeunes √† la sexualit√© perturb√©e, √† l'affectivit√© bless√©e.
Le pays de l'amour est en danger de mort : des jeunes par milliers, sur appel de J√©sus, entrent en r√©sistance. Oui, r√©sister, c'est faire exister. Le Seigneur nous pr√©pare √† donner notre vie, pour sauver la vie. A verser notre sang, pour que le don de l'amour ne soit plus gaspill√©. Les premiers martyrs canonis√©s du mill√©naire sont des religieuses polonaises, offrant leur vie pour sauver des parents, comme le p√®re Kolbe. Un oncle missionnaire a √©t√© trans-perc√© d'un coup de lance en plein cŇ?ur pour s'√™tre interpos√© entre une jeune fille et son violeur. Il a fait simplement son beau m√©tier de pr√™tre. Mes parents ont √©t√© mari√©s par un futur martyr, Mgr Vladimir Ghika, martyr de la libert√©. Mon p√®re spirituel au Rwanda, Mgr Gasor√®, est martyr de la Trinit√© pour avoir refus√© la discrimination raciale. J'ai eu la gr√Ęce de conna√ģtre le p√®re Alexandre Men, martyr de l'unit√©. De ces saints, je voudrais √™tre digne.